« Allez viens avec nous, je te promet que tu vas t’amuser »
Je suis effondrée sur mon lit, qui selon le principe zen en vigueur dans notre appartement culmine à moins 10 cm du sol. S’en extraire demande donc encore plus d’effort que pour toutes autres sortes de couche.
Nadine est adossée au seuil de ma chambre et attend ma réponse.
Elle reste sur le seuil pour une bonne raison. Nous n’avons pas de portes.
L’appartement que nous partageons à trois, est en effet dépourvu de ce genre de commodités ainsi que d’autres utilités telles que des chaises, des tables et un canapé.
Par contre, aucun mur sans tableaux et une vue sur la ville a couper le souffle.
Faire du superflu le strict nécessaire : j’ai beaucoup réfléchi à la question. En fait, j’y réfléchi a chaque fois que je me retrouve face au salon vide et à ma chambre pourvu en tout et pour tout d’un sommier et d’un placard a moitié encombré très tendance pour ne pas dire aucunement pratique.
Pourquoi j’ai systématiquement l’impression d’avoir été cambriolée.
La personne qui nous loue cette appartement est un artiste : cela ce voit à l’œil nu dans ces pièces toutes aussi nues.
Vous pouvez me traiter de midinette esclave des biens matérialistes et de la société de consommation
J’avoue
Mais il est plus facile de ne pas être matérialiste quand on ne craint pas les courants d’air.
Pour vivre ensemble nous avons donc établi deux règles.
La première est de toujours considérer qu’une porte invisible sépare nos chambres afin de conserver un peu d’intimité
C’est pourquoi Nadine ne franchira pas la ligne qui sépare ma cellule de moine du couloir
La deuxième est plus terre a terre et consiste a avertir la maisonnée quand on utilise les toilettes/salle de bain
Inutile de préciser à quelle utilité
Nadine attend toujours.
Elle n’a pas travaillé aujourd’hui et je suis rentrée depuis moins de 5 minutes d’une longue journée de boulot.
Elle fait ça pour me faire plaisir, pour que je me familiarise avec cette ville que je ne connais que depuis deux jours.
Cette fille c’est la gentillesse incarnée.
Mais une gentillesse pas pratique pour un sou, un peu comme certaines personnes âgées.
Je suis méchante mais cela s’excuse : j’ai mal aux pieds
Finalement je cède, pour sceller notre toute nouvelle colocation , parce que je ne veux pas la vexer …et aussi parce qu’au fond je crois que j’en ai envie de cette sortie.
Nous fermons les 4 verrous de la porte d’entrée, l’unique porte de l’appartement.
C’est important une porte quand on y pense
par lili
publié dans :
Septembre
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